J'ai une assez bonne faculté à cerner les gens. J'me fie toujours à ma première impression, parce que très souvent c'est la bonne. On peut dire que t'as pas fait exception à la règle!
La première fois que je t'ai vue, t'étais dans le couloir avec un pote à moi. J'ai direct flashé sur tes cheveux tellement beaux: en même temps, les cheveux rouges ça ne va pas à tout le monde. On s'est recroisées plus tard dans les salles de musique, et je me suis rendue compte qu'en plus d'être magnifique t'étais sympa et talentueuse. La fille parfaite quoi! Depuis j'ai toujours eu une grande admiration pour toi.
Peu à peu, une amitié s'est formée; on faisait de la musique ensemble, on avait le même groupe d'amis. Je me réjouissais que tu sois en 3e année, pour qu'on puisse être dans la même classe de musique.
Durant tout ce temps tu avais un emploi du temps très chargé, et je t'admirais pour ça. Mais derrière cette image de fille drôle et forte se cachait une maladie sournoise et horrible, et il est arrivé un moment où tu as quitté le gymnase parce que ça n'allait plus. J'ai pas remarqué tout de suite que t'étais définitivement partie, et quand je l'ai su et qu'on m'en a dit la raison j'me suis sentie coupable. Coupable de pas avoir vu plus tôt que t'étais mal, coupable de pas avoir pu t'aider, te soutenir; j'en ai fait des cauchemars, j'en ai pleuré; j'aurais voulu prendre ta place pour que tu sois bien.
Les mois ont passé, et tu t'en es sortie. A la rentrée de septembre, ô joie! On est tombées dans la même classe de musique. On passait notre temps à parler, rire de rien, renforcer ce lien qui existait déjà entre nous. Tu écrivais souvent dans ce petit carnet; je n'ai jamais su ce qu'il contenait mais je sais que tu en avais besoin. Je ne t'ai jamais questionné sur ta maladie, même si j'avais envie, par peur de te blesser ou te gêner. Tu étais guérie, je me disais, et je ne voulais pas que tu retombes là-dedans à cause de moi; car Dieu sait que les sentiments sont fragiles.
Mais Ana t'a reprise, et tu es repartie dans le centre de soin. Je suis restée seule au fond de la classe, à culpabiliser de n'avoir pas su te protéger encore une fois; et maintenant j'attends ton retour avec impatience.
Je sais que ma culpabilité n'a pas de sens et que même si je te dis que je comprends ta douleur, ce n'est pas vrai, car je n'ai pas vécu ce que tu as traversé; je sais que notre amitié est sûrement bien moins importante pour toi qu'elle ne l'est pour moi; mais je voulais te dire ce que je ressens. Je tiens vraiment à toi et je m'inquiète pour toi plus que pour quiconque. Je crois en ta force; tu peux vaincre cette maladie que je hais et qui t'empêche de vivre normalement.
Je t'aime, Aline; je t'aime comme une soeur, comme une amie. Je souhaite que tu sois heureuse et que tu guérisses; je sais que tu en es capable. Tu ne liras sûrement jamais ce message mais je fais de mon mieux chaque jour pour te montrer tout ça sans avoir à le dire, car les actes valent mieux que les mots.
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